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Il y a quelques temps, KingArt Games annonçait une version de The Book of Unwritten Tales dans la langue de Shakespeare pour l'automne 2011. Ce coquet point&click bercé de magie et d'Heroic Fantasy a fait en réalité sa première entrée sur le marché allemand en 2009 sous le même titre. Une perle rare dont la traduction vient à point-nommé en ces temps de disette de jeu d'aventure point&click. KingArt Games m'a aimablement donné l'opportunité de jouer aux premiers chapitres de The Book of Unwritten Tales et après cet aperçu, l'attente va être très longue jusqu'en automne ! Autant vous avertir tout de suite que nous avons certainement là affaire au meilleur point&click de l'année.
The Book of Unwritten Tales vous happe instantanément dans un univers Heroic Fantasy à la fois classique et décalé. L'Alliance - composée notamment des peuples humains, nains et elfes - mène une guerre sans merci à l'Armée des Ombres. L'histoire commence alors qu'un vieil architecte gobelin nommé MacGuffin fait une découverte qui pourrait renverser le cours de l'histoire. En effet, celui-ci semble avoir localisé un artefact qui donnerait des pouvoirs divins à son possesseur, et donc le pouvoir de gagner cette grande guerre. Malheureusement (pour l'Alliance), il se fait aussitôt kidnapper par l'Armée des Ombres, sous les yeux de l'intrépide Princesse elfe Ivo. Un peu plus tard, MacGuffin a également l'occasion d'échanger quelques mots avec un parfait inconnu, un jeune gnome nommé Wilmur et de lui donner la première quête de toute sa vie.

Si The Book of Unwritten Tales est si charmant, c'est qu'il aborde avec beaucoup d'humour et d'auto-dérision les thèmes dont il s'inspire. Dès les premières minutes, les références culturelles aux grandes oeuvres cinématographiques, littéraires ou vidéo-ludiques se multiplient : La Guerre des Etoiles, World of Warcraft, Indiana Jones, Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux... il y a des clins d'oeil dans tous les coins : dans les dialogues, dans les cinématiques, dans la musique, dans les décors, absolument partout. Le tout avec beaucoup de subtilité, ce qui rend le jeu extrêmement agréable pourvu qu'on soit amateur de ce genre d'univers. A noter aussi plusieurs références tordantes au monde merveilleux du MMORPG, avec notamment deux gamers plus vrais que nature au second chapitre dont les dialogues vous rappelleront sans le moindre doute le forum de votre jeu-de-rôle favori lors d'une attaque de kévins.
Beaucoup de jeux d'aventure se targuent d'être "drôles" et vous arrachent en effet quelques sourires. Tenez-vous prêt car dans The Book of Unwritten Tales, on rit vraiment, et souvent.

L'autre aspect incontournable de The Book of Unwritten Tales est sa qualité de réalisation. Le jeu est tout simplement splendide. Les décors sont d'une finesse impressionnante et l'ambiance est aussi réussie dans une taverne naine que dans les rues d'une ville humaine pratiquement abandonnée. Les couleurs et les lumières donnent un atmosphère enchanteur et littéralement charmant. Sans hésiter, The Book of Unwritten Tales est le plus beau point&click que j'ai pu voir depuis longtemps.
Mais ça ne s'arrête pas là. Car si les graphismes sont éblouissants, ce n'est (presque) rien à côté du doublage. Parent pauvre du jeu vidéo ces derniers temps, nous avons eu l'occasion d'entendre les voix les plus pathétiques dans des jeux à budget pourtant raisonnable. Navrant. Croyez-moi si vous voulez, vous finirez tous les dialogues de The Book of Unwritten Tales juste pour entendre les voix. Le doublage est digne d'un film d'animation. Le tavernier nain a la voix bourru, Ivo l'elfe a une voix raffinée et un accent distingué, et ainsi de suite. Toutes les voix sont uniques et le jeu des acteurs est tout simplement parfait. Si ce n'est pour tout le reste, The Book of Unwritten Tales devrait rester dans les mémoires pour le soin qui a été apporté à cet élément de l'immersion bien trop souvent négligé.
Enfin, le jeu est riche en musiques d'ambiance. En dehors de la qualité de celles-ci et leur abondance, on remarque qu'elles servent également à faire des références brèves et amusantes à d'autres jeux ou films.

En terme de gameplay, on est en plein point&click classique basé sur l'inventaire. J'ai eu aussi l'occasion de rencontrer deux puzzles indépendants, assez inhabituels et donc plutôt intéressants. Le jeu permet d'incarner trois personnages attachants et charismatiques que l'on découvre petit à petit : Nate, Ivo et Wilbur. On peut parfois avoir plusieurs personnages en même temps au même endroit et donc les faire coopérer.
Wilbur, le personnage le plus intéressant dans ces premiers chapitres, est un jeu gnome atypique qui rêve d'aventures et surtout, d'une carrière de mage. Un peu timide mais optimiste, naïf mais malin, il est craquant comme tout un panier de bébés pandas. La Princesse Ivo est raffinée, un peu inquiète de s'être compromise dans cette aventure et en même temps incapable de résister à sa curiosité et son envie d'aider. Elle tend à vouloir résoudre ses problèmes par la ruse et l'intelligence. Nate, dont je n'ai eu qu'un bref aperçu, est une sorte de croisement entre Yan Solo et Jack Sparrow. Il est désinvolte, séducteur, pas toujours très honnête et surtout : dans le pétrin.

Le jeu est divisé en cinq long chapitres et chaque chapitre se déroule en plusieurs endroits, parfois aussi avec des personnages différents. A ce sujet, on ne peut qu'apprécier la diversité des décors : rien que dans ces deux premiers chapitres, on traverse les environnements les plus variés comme une demeure gnome toute pleine de gadgets, la taverne naine au sein d'un village sous les neiges, une maison de campagne de gobelin et ses mystères, une ville humaine presque abandonnée avec sa taverne cyber-café et son école de magie (entre autres), un marais morbide avec un gros bateau échoué rappelant - allez savoir pourquoi - LeChuck dans Monkey Island, et j'ai failli oublié l'épisode à dos de dragon et... j'en passe.
Il arrive régulièrement d'avoir plusieurs objectifs et le jeu ne souffre donc pas trop de sa linéarité, même si le jeu repose fortement sur un scénario : le plus souvent on peut explorer et résoudre ces objectifs dans l'ordre qui nous sied.
Pour finir, le niveau de difficulté du jeu n'est pas très élevé, dans la zone qui conviendra aux amateurs comme aux débutants. En réalité, The Book of Unwritten Tales réussit dans un domaine où beaucoup d'autres point&click échouent : utiliser l'inventaire pour produire des combinaisons inattendues (et donc drôles) tout en restant crédibles et surtout accessibles aux joueurs. Pas de pixel hunting : la barre d'espace permet d'afficher les points d'interaction. Pas de blocage pendant des heures : des indices se cachent dans les conversations et les commentaires des personnages. Le jeu est bien dosé en terme de difficulté.

C'est ce soin et ce travail qui frappe dans The Book of Unwritten Tales : la qualité globale du jeu. Enfin un point&click fabriqué avec soin, avec des graphismes ambitieux, une bande-son qui surpasse largement certains RPG à gros budget de cette année, des personnages attachants, un scénario drôle et original et un univers riche, nourri de références par dizaines à des oeuvres célèbres. The Book of Unwritten Tales est un point&click remarquable pourvu que l'anglais ne vous fasse pas peur (les voix sont sous-titrées en anglais). En attendant sa sortie sur PC cet automne, l'attente va être très, très, très longue !
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