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Lors de mes premiers échanges avec David Mekersa, game designer et producteur à Casual Box, celui-ci présentait Age of Enigma comme "un jeu casual dans un univers riche". Hum hum. Les mauvais esprits auraient pu y voir une contradiction. Mais en petite peste bien élevée, j'ai attendu d'avoir le jeu entre les mains et de l'avoir terminé pour revenir taquiner M. Mekersa. "On pense effectivement être un jeu midcore" finira-t-il par avouer. Nous y sommes.
Age of Enigma est remarquable sur plusieurs points, dont le plus notable est celui d'être d'une qualité de réalisation et de gameplay bien supérieure à celle d'un casual game, tout en restant bien plus accessible que les point&click traditionnels. Car oui, soi-dit en passant, Age of Enigma n'est pas un jeu d'objets cachés mais bien un point&click. Vous pouvez donc vous installer confortablement avec un thé ou un café et c'est parti pour la critique.
Tout commence avec une petite cinématique présentant Ashley, une jeune femme tourmentée par des cauchemars récurrents qui mettent en scène une étrange maison. Un matin, Ashley reçoit une mystérieuse enveloppe contenant les plans d'une maison et un jeu de clé, mentionnant une adresse qui s'avère être celle de la demeure de ses cauchemars. C'est à ce moment que le joueur prend les commandes.
Aussitôt entrée dans la maison avec son chien (qui ne fait pas grand chose, mais j'ai envie de le mentionner), Ashley fait la rencontre d'un spectre nommé Nathan qui lui demande de venir en aide à six fantômes hantant la maison. Pourquoi Ashley ? Parce qu'elle serait pourvue de dons lui permettant de communiquer avec ces fantômes et de partager leur passé.
En effet, afin de mettre fin aux tourments de ces fantômes, Ashley sera projetée dans leur univers et devra comprendre ainsi que résoudre le conflit intérieur qui les empêche de trouver la paix. En échange, Ashley retiendra une leçon sur les erreurs passées de chacun de ces individus et ressortira ainsi grandie de son expérience.
Un des points forts d'Age of Enigma est donc de ne pas raconter une histoire, mais pratiquement sept. Celle des six fantômes, venus des quatre coins du monde et du temps - de l'Egypte antique au Japon pour ne citer que deux exemples - et celle d'Ashley dont l'aventure sera une sorte de parcours initiatique et découverte de soi.
Pour soutenir ce scénario, Age of Enigma bénéficie d'une réalisation remarquable "pour un casual game". Le jeu comprend une cinématique d'introduction et plusieurs cut-scenes tout au long de l'histoire, des décors vraiment jolis, variés et travaillés, une bande-son agréable et d'une diversité surprenante : chaque univers se voit accompagné d'une musique d'ambiance appropriée. Enfin, certains dialogues sont doublés, et les dialogues sont plutôt nombreux et bien écrits pourvus que l'on joue en mode aventure.
C'est avec ce scénario riche et cette qualité globale de réalisation qu'Age of Enigma explose les carcans du casual game.

Néanmoins, Age of Enigma reste un jeu très "accessible", ou "grand public", ou – assez de politiquement correct – facile. En terme de niveau de difficulté, pas de doute, Age of Enigma s'inscrit dans la lignée des casual games. Pour les dévoreurs de point&clicks, le jeu sera certes divertissant, mais ne présentera pas de réel challenge, la plupart des puzzles étant reconnaissables. A l'inverse, les amateurs de casual games ou les purs débutants se verront confrontés à de sérieux défis.
Age of Enigma rassemble tous les aspects de gameplay d'un point&click traditionnel, le tout avec une vue à la première personne : un inventaire pour rassembler ses objets et éventuellement les combiner, la recherche d'objets dans l'environnement, l'utilisation des objets de l'inventaire dans l'environnement, des dialogues et des messages qui viendront enrichir le journal d'Ashley pour obtenir des indices et surtout, des puzzles. Plein de puzzles. Certains sont des classiques, d'autres plus originaux. Certains sont plutôt simples, d'autres demandent réflexion. Certains sont des puzzles de logique, d'autres d'observation, d'autres encore de mémorisation.
Certains s'inquiétaient de voir arriver un autre jeu d'objet cachés. Si en effet dans Age of Enigma on ramasse des objets, parfois même des bouts d'objets pour reconstituer un ensemble, on ne peut pas vraiment parler d'objets cachés. A moins que quatre morceaux d'ampoule étalés sur le sol, sous vos yeux, blancs sur fond noir, soit un réel challenge pour vous. En mode "casual", ces éléments sont même indiqués par une petite étincelle. C'est peut-être même une étrangeté du jeu. S'ils sont à ce point en évidence, à quoi bon ? Est-ce un changement d'orientation pendant le développement qui a mené à ce ramassage d'objets pas-tellement-cachés ? Dans tous les cas, on peut retenir qu'Age of Enigma ne vous demandera pas d'aller repérer une liste de breloques improbables sous un canapé ou dans une flaque de boue, le jeu n'est pas un hidden-object game.

Parfois, Age of Enigma donne l'impression de n'oser qu'à moitié dépasser les frontières du casual. Comme tout au début de la partie, lorsque vous avez le choix entre jouer en mode "casual" ou en mode "aventure".
En mode aventure, celui que je ne saurais que trop vous conseiller, l'histoire est entièrement développée à travers des dialogues complets (sans être trop longs) qui exposent les différentes histoires des fantômes. Le joueur est amené à découvrir tout seul les combinaisons d'objets dans son inventaire ou avec l'environnement, et les puzzles sont parfois plus corsés.
En mode casual, le joueur est beaucoup plus guidé. Les éléments interactifs dans le décor sont mis en évidence. Et surtout, les dialogues sont réduits comme peau de chagrin pour mener le joueur directement dans l'action.
Dans les deux cas, il est possible de passer les puzzles si l'on est bloqué, ou d'obtenir de l'aide via le journal d'Ashley si l'on ne sait plus exactement quoi faire.
Autrement dit, de multiple fonctionnalités d'aide en-jeu viennent proposer toute l'aide possible et imaginable afin que le dernier pingouin myope et sourd d’Antarctique puisse progresser dans Age of Enigma sans avoir l'impression de posséder un cerveau en plâtre.

Sans non plus exiger le niveau d'achèvement d'un point&click traditionnel, on aurait pu attendre plus d'Age of Enigma sur certains points. En particulier, sa durée de vie. En mode aventure, en faisant tous les puzzles et en prenant le temps de tout bien lire et scrutiner, Age of Enigma occupera un joueur aguerri pendant trois heures et demi. Difficile d'estimer le temps nécessaire à un joueur plus casual, mais les aides en-jeu devraient grandement faciliter sa progression. C'est donc très court. Trop court. D'autant que l'histoire ne prend une dimension vraiment dramatique qu'une fois arrivé au sixième fantôme.
En effet, le défaut d'Age of Enigma est de ne pas vraiment imprimer ses différents univers dans l'esprit du joueur. Transporté de fantômes en fantômes, il est difficile de s'identifier à l'un ou à l'autre, ou même à Ashley. Les fantômes ne semblent pas liés d'une manière ou d'une autre, et les transitions se limitent à une sorte de "bon maintenant, allons aider le fantôme suivant". Même si les dialogues et la musique viennent colorer l'histoire, les premiers fantômes et leur univers manquent vraiment d'une dimension dramatique qui susciterait plus d'émotions chez le joueur. A noter que cela s'améliore à la fin du jeu, lorsque finalement on incarne Ashley seule et qu'une menace réelle semble peser sur elle.
Enfin, certains aspects de l'histoire laissent le joueur sans réponse. Si les histoires des fantômes sont bien développés, on peut quand même se demander ce que le fantôme d'un pharaon et celui d'un pirate faisaient sous le toit d'un même manoir. On aurait également aimé en savoir plus sur Ashley et sur ses impressions. Quel est son passé ? Comment vit-elle l'aventure ? Il semble qu'elle n'ait pas conscience de ses dons avant l'aventure mais en même temps, l'apparition du spectre de Nathan ou ses entretiens répétés avec des fantômes ne semblent pas la préoccuper en outre-mesure.

Il m'est évidemment difficile d'aborder Age of Enigma avec le regard d'un casual gamer, et qui plus est un casual gamer qui n'aurait jamais joué à un point&click traditionnel. Je suis absolument convaincue qu'Age of Enigma fait partie d'un nouveau genre - que David Mekersa nomme mid-core (c'est-à-dire entre casual et hard-core) - qui offre bien plus qu'un casual game en terme de profondeur de jeu et de complexité, tout en restant plus limité et accessoirement moins coûteux qu'un jeu traditionnel. C'est une excellente chose que les joueurs dits occasionnels se voient offrir un accès à des aventures plus développées et plus soignées, avec un niveau de difficulté intermédiaire et tout cela dans un budget raisonnable.
Mais Age of Enigma souffre un peu du problème du verre à moitié vide ou à moitié plein. D'un point de vue casual game, il est excellent, propose des graphismes très séduisants, une belle bande-son, un scénario développé et un gameplay riche et varié. Un must. D'un point de vue point&click traditionnel, l'histoire pourrait être plus immersive et les personnages plus charismatiques, et la difficulté globale du jeu est plutôt faible. Les avis divergeront probablement avec les disparités d'expérience des joueurs.
De ce fait, Age of Enigma est sans aucun doute à proposer à tous les joueurs occasionnels ou débutants qui veulent se lancer dans un réel jeu d'aventure de qualité et s'essayer à une grande variété de puzzles. Quand aux joueurs aguerris, ils apprécieront certainement les qualités du jeu mais resteront sur leur faim quant au challenge et à l'exploration de l'univers du jeu.
La bande-son d'Age of Enigma : The Secret of the Sixth Ghost est téléchargeable sur iTune.
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