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Tropico 4

Développeurs : Haemimont Games 
Editeur : Kalypso 
Site officiel : http://www.worldoftropico.com/fr/index.php
Plateformes : Windows (PC),  xBox 360 
Sortie EU : 1 septembre 2011
Sortie Am. du N. : 30 août 2011
Pegi: 16
Esrb: T (Teen 13+)

Critique de Tropico 4

19 septembre 2011      Commentaires (0)    

Tremblez devant El Presidente : depuis son avènement en 2001 avec Tropico premier du nom, rien n'a su arrêter l'ascension du dictateur de cette île paradisiaque. Tropico est aujourd'hui un des rares jeux de simulation urbaine et de gestion qui poursuit son bonhomme de chemin malgré le (regrettable) déclin des city builders ces dernières années. Plus qu'une simulation urbaine, Tropico offre une satyre drôle et intelligente du régime dictatorial en plongeant le joueur au cœur des bisbilles politiques entre les différentes factions internes et les puissances internationales. Humour, construction, gestion, pots-de-vin et cocotiers, Tropico 4 fait le mélange le plus étrange et le plus original qu'on puisse trouver ces derniers temps sur les rayons de jeux vidéo. Qu'en est-il de son potentiel ludique ? El Presidente vieillit-il bien ?
Note : n'ayant pas eu l'occasion de jouer aux précédents volets de Tropico, il n'y aura pas de comparaison entre Tropico 3 et 4 dans l'article qui suit. Il m'a semblé intéressant de pouvoir aborder Tropico 4 avec un regard neuf sur la série.

Tropico 4 : jeu de simulation urbaine insulaire

Tropico 4 peut se classer dans la section des jeux de simulation urbaine, néanmoins il possède un environnement bien particulier. Alors que la plupart des city builders vous propulse en mode « Dieu » ou maire indétrônable, Tropico 4 vous fait incarner El Presidente – à vous de lui donner un nom – le dictateur d'une île paradisiaque ensoleillée non sans similitude avec Cuba.
Le gameplay de base de Tropico est dans la parfaite lignée des city builders : vous voilà devant une carte de l'île – plusieurs cartes sont disponibles, en plus d'un éditeur de carte – et il vous appartient de faire prospérer Tropico. Pour ce faire, vous pouvez exploiter allègrement les ressources de l'île : matières premières, main d'oeuvre, ou même potentiel touristique. Evidemment, il faut également satisfaire la population, en dépit de quoi elle pourrait bien abréger sans scrupule le règne d'El Presidente. Ainsi, Tropico 4 offre un large éventail de bâtiments et d'infrastructures à bâtir sur l'île : diverses structures scolaires, bâtiments de soins, de loisirs, de tourismes, différents types de fermes, d'usines, de manufactures, et de production d'énergie, et ainsi de suite. Certains sont particulièrement originaux, comme le siège du journal et l'antenne de télévision pour diffuser certaines humeurs à la population. D'autres, en revanche, manque un peu de diversité, en particulier les habitations. Etant donné qu'on en construit beaucoup, on aimerait pouvoir varier un peu plus l'aspect des immeubles résidentiels.

 

Tropico 4

 

L'originalité de Tropico 4 est son gameplay centré sur l'humain et ses opinions. Pour commencer, le joueur incarne réellement un individu sur l'île – El Presidente – qui tire enseignement de chacun de ses précédents règnes et qui peut accessoirement visiter chacun des bâtiments pour y motiver les foules. La population communique régulièrement ses impressions quant à El Presidente : tentative de push en cas de mécontentement, inquiétude lors de rumeurs visant El Presidente, espoir et/ou déception après un discours, vote massif ou désaveu. Tropico 4 donne vraiment le sentiment au joueur qu'il fait parite de l'univers qu'il développe et que l'île est peuplé par des gens doués de raison, et non pas des robots ou des statistiques, comme on peut en avoir un peu l'impression dans d'autres city builders où la population est muette.
Les opinions politiques jouent également un rôle important. Non seulement El Presidente doit satisfaire la population pour rester au pouvoir et attirer de nouveaux immigrants, mais il doit aussi composer avec les factions habitants sur l'île. Ces divers groupes idéologiques (religieux, écologistes, capitalistes, communistes...) ont l'art de se crêper le chignon entre eux et il n'est pas rare que céder aux requêtes des uns mette les autres dans un pétard monstre. Lorsque l'opinion d'un chef de faction est trop basse, il peut pénaliser El Presidente en handicapant certaines activités de l'île. A l'inverse, réaliser les vœux d'une faction peut apporter des bonus facilitant le développement de certains aspects de Tropico, comme des bâtiments gratuits par exemple.
Evidemment, tout serait plus facile s'il n'était jamais question de budget ! Mais tout en satisfaisant la population, les factions et lui-même, El Presidente doit s'assurer de la croissance économique de l'île et de ses bonnes relations avec l'extérieur (afin, si possible, de recevoir des aides internationales). C'est ainsi que les choses se compliquent.

Mais pourquoi est-il aussi méchant ? (...ou pas ?)

En entendant parler de Tropico 4, on peut s'inquiéter du thème du jeu. Tout le monde n'a pas envie d'incarner une sombre brute exploitant la population pour faire gonfler son compte bancaire en Suisse. Sur ce point, Tropico 4 est très satisfaisant. Si des actions "typiques" de dictateurs cruels sont disponibles, comme la liquidation arbitraire d'un opposant au régime, le refus des élections, l'envoi de l'armée pour mater une manifestation ou le détournement d'argent sur son compte personnel, elles ne sont pas sans conséquence : El Presidente perd progressivement le respect de la population et des factions, faisant ainsi gonfler les rangs des rebelles. Tropico 4 n'est pas un défouloir.
En réalité, on peut tout à fait jouer au « bon » souverain. Rien n'oblige le joueur à accepter les quêtes douteuses et à utiliser les actions cruelles. Au contraire, il est possible (et souhaitable pour le bon développement de l'île) de passer plusieurs édits en faveur du peuple, comme la campagne d'alphabétisation ou la sécurité sociale.
Malgré la satyre politique que Tropico 4 met en scène, le joueur reste maître de son image et de son attitude sur Tropico. Cruel ou bienveillant, c'est au joueur de choisir. Néanmoins, chaque action aura une impacte logique sur la population.

 

Tropico 4

Les diverses manières de régner

Les possibilités qu'offrent Tropico 4 sont immenses et les heures de jeu défilent sans qu'on en voit la fin : la construction, les relations diplomatiques, les échanges commerciaux, les améliorations de bâtiments, l'exploitation du tourisme, la gestion du réseau routier (Tropico souffre rapidement de bouchons...), la gestion du personnel et des salaires, de l'instruction, des médias... et j'en passe des tonnes. Une partie du plaisir que procure Tropico 4 provient de la découverte des innombrables facettes du jeu. On peut créer dix îles et finir avec dix Tropico tout à fait différentes et prospères.
De ce point de vue, le didacticiel est vraiment bienvenue pour mettre le pied à l'étrier. Il traverse les différents domaines fondamentaux de Tropico 4. Absolument indispensable pour un nouveau joueur, puisque Tropico diffère des city builders traditionnels sur bien des aspects.

Ensuite, il est possible de se lancer dans une campagne : le joueur devra prendre la tête de plusieurs îles successivement, avec à chaque fois un objectif différent. C'est en se lançant dans la campagne qu'on réalise la profondeur et la richesse du gameplay. Chaque épisode de la campagne est axé sur un thème spécifique, par exemple l'industrie de transformation, ce qui permet non seulement d'explorer de nouvelles façons de jouer mais aussi de comprendre et d'exploiter en profondeur toutes les structures et mécanismes de Tropico. La campagne est un un excellent point, elle est didactique pour les nouveaux joueurs de Tropico, elle force à changer de point de vue et à utiliser des bâtiments et des stratégies variées et elle a une excellente durée de vie sachant qu'il faut parfois plusieurs heures pour finir une des étapes de la campagne.

Une fois la campagne terminée, on peut légitimement désirer commencer sur une île vierge et décider de ses propres objectifs. C'est le mode libre, classique dans le domaine des city builders. Il est possible de choisir sa carte de départ ou de générer une nouvelle carte avec une multitude de paramètres et des réglages pour la difficulté. Ensuite, carte blanche.

 

Tropico 4

 

Enfin, Tropico 4 propose de participer à des défis mis en ligne par les joueurs. Ils permettent d'accéder à de nouveaux objectifs et de comparer son achèvement par l'intermédiaire des scores. Pas vraiment de  réel mode multijoueur donc, mais dans le cas d'un jeu comme Tropico, on s'en passe sans problème et les défis ne viennent qu'apporter de nouvelles idées pour exploiter Tropico.

Ce que l'on peut retenir sur le game play de Tropico 4 est sa profondeur et sa relative complexité. Tropico 4 n'est pas facile : il ne suffit pas de poser une usine entre une cabane et une mine de fer pour voir la monnaie couler à flot. Tropico 4 exige qu'on prenne le temps d'étudier les statistiques de l'île (sociales, politiques et économiques), que l'on fasse quelques essais pour étudier les mécanismes de certains bâtiments, et qu'on développe son île avec précaution. Si les finances de l'île passe dans le rouge, il est très difficile – mais pas impossible - de remonter la pente. En outre, l'île est régulièrement frappée de toutes les catastrophes climatiques possibles et imaginables : du cyclone à la canicule en passant par le tsunami, tout est bon pour détruire vos bâtiments par quartiers entiers (jusqu'à ce que vous preniez le temps de découvrir la station météo * hint *). Si les rebelles surpassent votre armée, tout simplement, vous perdez la partie! C'est plutôt rare de pouvoir perdre dans un jeu de simulation urbaine et c'est plutôt bien pensé !   

Un dernier mot enfin sur la réalisation. Tropico 4 se défend très bien avec des graphismes plutôt jolis, même si encore une fois l'île gagnerait à pouvoir diversifier l'aspect des bâtiments. Le zoom est large et permet d'aller de la vue d'un passant à la vue large panoramique. La musique d'ambiance est excellente quoiqu'un peu répétitive. La version française est dotée d'un doublage parfait et particulièrement drôle pour les personnages du jeu. Les textes eux-mêmes sont remarquables, toujours dans la satyre (ma réplique favorite étant quelque chose comme "Je vous avais promis un chameau mais il est mort. Voilà 35 000$ que mes femmes ont trouvé sous le divan, en compensation." de la part du Moyen-Orient).

 

Tropico 4

Conclusion

Dans l'ensemble, Tropico 4 est un jeu riche à tout point de vue : le gameplay est varié et approfondi et l'univers est drôle. Le jeu est terriblement addictif, comme le sont souvent les bons city builders. Mais ce qui fait l'originalité de Tropico 4, c'est son aspect humain : tout individu sur l'île a une opinion, le joueur a son propre avatar et peut se déplacer dans Tropico pour rencontrer le peuple. Dans Tropico 4, les gens et leurs idées ont de l'importance et il faut savoir composer avec sous peine de se faire jeter dehors par une foule furieuse. Tropico 4 a sur trouver le bon équilibre entre l'aspect gestion, avec ses chiffres et ses pourcentages, et l'aspect social de la simulation urbaine. C'est un excellent titre qu'il faut essayer sans hésiter !

 

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