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Le Hérisson

10 juillet 2009      Commentaires (0)    

Le Hérisson

L'année dernière, j'ai lu L'Elégance du Hérisson, de Muriel Barbery. Le roman était étrange. Le personnage était une pré-adolescente qui se donnait un peu moins d'un an à vivre. Jusqu'à son prochain anniversaire, pour être exacte. Ce jour précis, elle avait décidé de se suicider, pour ne jamais devenir adulte, âge auquel les gens se laissent emprisonner dans la vie, dans le "bocal à poisson".

Le personnage de Paloma était complètement improbable, très philosophe, avec beaucoup de recul et de psychologie. Le style était très élégant, voire un peu ampoulé. Mais le sujet et les personnages fascinants.

Paloma est issue d'une famille qu'elle qualifie elle-même de "riche" et "bourgeoise". Ses parents et sa soeur sont des stéréotypes de leur condition : superficiels, mondains, ambitieux. Le manège artificiel de leur vie convainc Paloma qu'il n'y a rien à voir au delà de ses 11 ans. Les gens sont emprisonnés dans leur existence, dans leur condition, à tel point qu'il ne leur viendrait pas à l'esprit d'en sortir. Ils sont creux, insensibles, formatés.

Paloma fait connaissance avec deux personnes totalement antagonistes. D'abord la concierge. Petite, laide, bourrue, veuve, elle a tout du cliché de la concierge parisienne. Mais elle lit du Tolstoï comme d'autres liraient la presse à scandale, et la simple idée que cela soit découvert la terrorise. Ensuite, le voisin japonais. Raffiné, instruit, élégant, et observateur, il renverse les valeurs habituelles de l'immeuble.

Le livre m'avait laissé une drôle d'impression. Il fait partie de ces ouvrages un peu spéciaux qu'il faut digérer avant de bien savoir si on a aimé, ou pas, et ce qu'on a compris / appris. En y repensant plus tard, j'en gardais un bon souvenir. J'avais finalement beaucoup aimé cette façon très originale d'aborder les thèmes de la mort (et donc de la vie), et au passage de la vie en regard de la condition sociale.

J'ai été surprise lorsque j'ai vu l'extrait de film au cinéma. La narration s'immisçant dans les pensées des personnages, basées sur des émotions et des ressentis, ça me semblait très difficile de la mettre en images. Je suis quand même allée le voir.

J'ai beaucoup aimé le film. Pourtant, je lui trouve plein de défauts. En particulier le fait que les dialogues n'aient pas été retravaillés et que donc l'expression des personnages - en particulier celle de Paloma - n'ont aucun naturel. Ils parlent comme des bouquins. Pas très crédible lorsqu'il ne s'agit pas de voix off.

Mais en dehors de ça, le film est vraiment une petite merveille. Bien qu'il se dise "librement inspiré de..", il est très fidèle au roman. Le jeu des acteurs est remarquable, les décors et mises en scène très bien pensés (la "planque" de la concierge est particulièrement bien reproduite). Le film parvient à être parfois grave (quand Paloma pile les médicaments en préparation de son suicide), parfois drôle (lorsque la concierge ne comprend pas comment se servir des toilettes japonaises). Certaines scènes sont juste superbes : la scène du repas avec les parents du petit-ami de la soeur de Paloma, où tout le monde joue un rôle dont Paloma relève les failles. Le moment où la concierge craque, aussi. J'apprécie Balasko en tant qu'actrice, mais je crois que c'est la première fois que c'était tellement bien "joué" que je me suis demandée si elle jouait vraiment où si quelque chose l'avait fait craquer devant la caméra.

Le "choc" que j'ai eu en lisant le livre, je l'ai eu encore une fois en regardant le film. Je ne suis pas amatrice d'adaptation de livres au cinéma, en général, mais il faut avouer que celle-ci vaut le coup de se déplacer.



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