Cher Journal,
Cracott. Cracott Grifmol. C'est comme ça que je m'appelle et j'espère qu'on s'en souviendra.
Aujourd'hui commence ma nouvelle vie. Mes parents, Ronrohnie et Matoumiaou Grifmol, tisseurs de filets de pêche dans une contrée si reculée qu'il ne vaut probablement pas la peine de la citer, ont décidé de confier mon avenir à la ville. Les choses ne s'améliorent pas au village, et il valait probablement mieux pour moi déguerpir avant que ça ne se gâte vraiment.
Je vais à Qeynos. Oui ! Ma mamounette n'a pas voulu faire demi-mesure, et a prétendu vouloir me mettre entre de bonnes pattes. Je vais chez mon oncle Chif, le frère aîné de Mamounette. Il y a très longtemps, quand Mémé Clythemnestre a disparu, il y est allé pour essayer de la retrouver. Mais il n'a jamais pu comprendre ce qui s'était passé et où elle était... et depuis il est resté là-bas.
Ah... le bateau s'enfonce dans un tunnel, on est bientôt arrivé !
Je te donne des nouvelles dès que je suis chez l'Oncle Chif !
Cracott
Cher Journal,
Qeynos est un dédale. Un beau dédale, mais un dédale quand même.
J'ai mis plusieurs heures à trouver Ortie. Les rues sont vivantes et j'aurais probablement pu demander mon chemin mais je n'ai pas osé : il y a toutes sortes de... gens, à Qeynos. Bon je suis déjà assez familière avec les humains, il y en a souvent qui passe par chez moi. Donc je n'étais pas trop effrayé quand on m'a dit que l'administration Qeynosienne est très majoritairement tenue par des humains. Mais je ne m'attendais pas à croiser dans les rues toutes sortes d'individus... différents. J'ai vu des gens minuscules, et des gens immenses. J'ai vu se promener des toutes petites personnes avec des ailes, qui discutaient dans un langage que je ne comprenais pas, d'une voix fluette. J'ai croisé quelques Kerran, aussi, mais ce n'est pas la majorité. J'ai vu des humains avec un air étrange et des oreilles très pointues. J'ai même vu un individu effrayant, qui portait un masque de dragon... enfin j'espère que c'était un masque.
J'ai trouvé l'auberge d'Ortie derrière un petit escalier pavé, le long d'un marché. L'établissement est pour le moins étrange, les gens sont plutôt froids. Quand j'ai demandé Chif Grifmol, le type m'a juste répondu qu'il n'était pas là. Pas très loquace. On est en plein milieu d'après-midi, Oncle Chif est probablement à son atelier.
Je me suis promenée dans le village en attendant son retour. Ortie est vraiment un village étrange. Par certains aspects, c'est juste tout comme le village familial... et puis par d'autres aspects, ça n'a absolument rien à voir. Le marché, l'auberge en bois, les chemins de terre... tout ça, c'est comme à la maison. En revanche, la garde en armure, les rues pavées, les lourdes portes et les murs qui cintrent le village, la boutique de l'alchimiste... Et puis il y a beaucoup de bruit aussi. Pas seulement le caquetage des poules et les ronchonnements des cochons dans les allées, mais aussi un bruit ambiant, pas très définissable. Un brouhaha agréable, si ça existe. Ca a le son de la vie, de la fête, et du bonheur.
J'ai aussi enfin trouvé comment fonctionne le machin-truc du tout petit marchand itinérant chauve. Il avait oublié ça sur un tonneau - tu te souviens ? - à la dernière fête de la poiscaille. L'air de Qeynos lui a fait du bien, on dirait. C'est amusant. Je crois que c'est un peu magique...
La nuit tombe, je suis retournée à l'auberge et je me suis mise dans un coin en attendant mon oncle, qui n'est toujours pas de retour. Je commence à avoir faim, je vais demander s'il y a un coin pour dîner quelque chose, ici.
Cracott