Journal intime d'un chat pleutre #2

05 March 2009      Commentaires (0)    

Cher Journal,

Les choses ne vont jamais comme il faut... Après mon précédent message, j'ai demandé à l'aubergiste où je pouvais dîner. Il m'a bien indiqué une adresse, du côté du Port de Qeynos, mais l'endroit était vraiment plein à craquer de toute sorte de gens bruyants, et surtout saouls. Les chaises qui n'étaient pas occupées gisaient brisées par terre, au milieu des os de cuisses de poulet rongés, des flaques de bières, et – à ma grande stupeur – des rats. Tout le monde avait l'air de se connaître fort bien, s'insultant mutuellement dans l'amitié partagée de l'ivresse, si bien que je n'ai jamais osé franchir le seuil de la porte. Je ne voulais pas rentrer immédiatement à l'auberge cependant : j'avais assez attendu mon oncle de tout l'après-midi, et je voulais profiter d'être sortie pour m'occuper afin que le temps passe plus vite. Et puis l'aubergiste aurait probablement trouvé curieux que je rentre si promptement d'un dîner à la taverne. Je me suis donc attardée sur le port, où un immense navire finissait d'embarquer, et se préparait à lever les voiles. Des gardes, cependant, stationnaient à quelques mètres et commençaient à me regarder bizarrement, moi qui restait là à ne rien faire, au milieu des quais, alors que la nuit tombait. Je suis rentrée.

Le port de Qeynos - Everquest 2

De retour à Ortie, j'ai de nouveau demandé à l'aubergiste si Oncle Chiff était rentré. Les choses basculent si soudainement... Alors que tu crois savoir précisément de quoi sera fait le lendemain, alors que les choses te paraissent si certaines et planifiées de longues dates... J'étais tellement sûre.. avant d'y être, je me voyais déjà chez Oncle Chiff, travaillant le jour chez son ami, réunissant petit à petit assez d'argent pour avoir ma boutique et puis faire ma vie... cela semblait certain, je croyais que Qeynos était la solution que nous avions trouvée tous ensemble pour qu'enfin les choses aillent bien.

« Pardonnez-moi, vous m'avez mal comprise : Chiff Griffmol n'habite plus ici... et il ne reviendra pas, j'en doute fort, puisqu'il me doit encore plusieurs semaines de loyer et que j'ai dû vendre les quelques meubles miteux qu'il a laissés derrière lui pour rembourser une infime partie de ce qu'il me doit ! ».

Ainsi, cher journal, j'ai très soudainement compris que j'étais seule, dans un ville immense et inconnue, sans toit, sans même assez d'argent pour retourner chez moi.

Je ne me souviens plus très bien après... il y a eu un moment de flottement. Je sais que je ne me suis pas sentie très bien et que l'aubergiste s'est faite aider pour m'asseoir sur une chaise pendant qu'un serviteur allait chercher un verre d'eau. Je sais que j'ai pleuré, et que mes miaulements plaintifs de Kerran ont alerté tout l'établissement.

En réalité, dans mon malheur j'ai tout de même un peu de chance : l'aubergiste a très bon coeur. Voici ce qu'elle m'a dit : « Ecoutez-moi, je me demande bien ce que vous pouviez attendre de ce vieux Chiff, mais vous ne le trouverez plus ici, et honnêtement, c'est probablement tant mieux pour vous. Je comprends que vous n'avez personne vers qui vous tourner hm ? Bon, je ne vais pas vous mettre dehors, ce n'est pas Port-Franc ici. Frann va vous conduire à une chambre où vous pourrez passer la nuit. Demain, on rediscutera de votre histoire. »

Je n'ai pas même pas eu la force de demander de précisions sur ce qu'elle insinuait au sujet de mon oncle. Je me suis levée et j'ai pris mon petit sac de voyage, qui m'a semblé encore plus léger, vide, sans secours qu'avant, et j'ai suivi le dénommé Fraan dans les couloirs de l'auberge, après avoir remercié entre deux larmes ma bienfaitrice.

Fraan m'a mené au dernier étage, sous les toits. Il a ouvert une porte avec une grosse clé qui faisait deux fois la taille de sa main, et d'un geste m'a invitée à entrer. Ensuite, il a allumé une bougie dans un recoin de la pièce avec celle qu'il avait emmenée, et m'a dit : « Fais comme chez toi, dis. Si t'as b'soin de quoiqu'ce soit dis, t'hésites pas hein, dis. Je suis Fraan, Fraan le Nain qu'on dit, mais en fait c'est pas vrai, je suis Hafflelin. Chuis bien plus grand qu'un nain pas vrai, dis ? Et pis plus beau aussi, heureusement dis ! Mais les gens ils aiment me taquiner bah... Bon bonne nuit et puis dis, t'hésites pas hein ? ».

Il m'a fait encore un signe amical de la main en passant la porte, et puis a disparu.

Me voilà toute seule.

Le port de Qeynos - Everquest 2

Je ne comprends pas. Mon oncle devait être là. Mon arrivée était prévue de longue date, il avait confirmé maintes et maintes fois par missives ! Et pourtant, il n'est pas là ! Et depuis un bon moment déjà, d'après ce que laisse entendre l'aubergiste ! Si bien que la dernière fois que mon oncle a confirmé par lettre... il ne devait déjà plus vivre ici. S'il a changé d'adresse, pourquoi ne nous l'a-t-il pas dit ? Pourquoi n'est-il pas venu me trouver ?

Cracott

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