Journal intime d'un chat pleutre #3

15 March 2009      Commentaires (0)    

Cher Journal,

Ai-je besoin de te dire que j'ai passé une mauvaise nuit ? Pelotonnée dans les couvertures râpeuses du lit de l'auberge, l'inquiétude m'a empêchée de trouver le sommeil. Derrière les murs en bois froids et humides de ma chambre, j'entendais des craquements et des chuchotements qui me faisaient me hérisser. De dehors me parvenaient des sons plus effrayants encore : des hululements lugubres, des hurlements terrorisés, parfois le claquement métallique de deux lames qui s'entrechoquent. Au milieu de la nuit, j'ai entendu des hommes en armures traverser la rue sous ma fenêtre en courant, la garde certainement. Lorsque j'ai osé approcher de la fenêtre, je n'ai pu entrevoir à travers la vitre crasseuse que des feux et des fumées par dessus la muraille qui longe l'allée du marché. Combien aurais-je donné pour pouvoir retourner chez moi...

Ortie - Everquest 2

Je me suis assoupie à l'aube, épuisée. Lorsque j'ai rouvert les yeux, le soleil frappait directement sur la fenêtre. Plantant mes griffes sur le parquet je me suis étirée tout en long, puis je me suis assise un moment sur le lit. Que faire ? Je n'osais pas descendre à l'accueil de l'auberge, ne sachant que dire à ma bienfaitrice de la veille. J'écoutais, à la recherche d'un son familier.. la voix de Frann peut-être. En réalité à l'extérieur le marché battait son plein et l'on entendait les voix des marchants qui s'égosillaient en vantant leurs articles, et faisait ressurgir l'affectueux souvenir de mon propre village. Que faire ?...

Je ne sais combien de temps je suis restée assise là, à attendre l'improbable. C'est trois coups secs frappés à la porte de la chambre qui vinrent à mon secours.

« Meow ! » Ai-je dit.

La porte s'ouvrit promptement, et la tête de Frann apparut dans l'entrebâillement, affichant un large sourire auquel il manquait deux dents.

« Dis, tu vas pas dormir jusqu'à midi ? » lança-t-il, moqueur.

Pour seule réponse, je lui renvoyai un demi-retroussement de babine... Les canines kerranes ont la propriété de couper court à toutes les bravades, en général.

Fraan éclata de rire.

« T'énerves pas dis, j'plaisante. Tu viens grignoter un morceau en bas ou tu préfères chasser les rats du grenier ? ».

Et il s'enfuit en chantonnant une chanson grivoise. Bien que les boutades de l'Hafflelin froissaient ma sensibilité exacerbée par la détresse, Fraan me tendait la main, et dans cette immense ville, ces gestes généreux risquaient de se faire rare. Je me suis levée et je suis sortie.

J'eus la surprise de voir mon nouvel ami engagé dans les escaliers guetter si je le suivais ou non. « Pas si sûr de lui, finalement. » Pensai-je. Et cela me rassura.

Au rez-de-chaussée de l'auberge, ma bienfaitrice de la veille s'affairait dans les papiers et les demandes de plusieurs clients. Elle salua mon passage d'un signe de la tête, qui sembla être par la même occasion une réponse favorable à une question de Fraan, que je ne l'avais pas entendu poser. Celui-ci m'emmena dans une petite cuisine isolée des clients. Il sortit du pain et des oranges d'un placard, et versa un café noir et fumant dans deux tasses en terre cuite.

Assis en face l'un de l'autre, autour de la modeste table en bois, les premières minutes furent silencieuses. Sans lever les yeux, je sentais cependant que Fraan me jetait des coups d'oeil furtifs, curieux ou amusés. Puis l'aubergiste entra dans la pièce, se servit également une tasse et se joignit à nous.

« Bien dormi, jeune fille ? » demanda-t-elle.

J'acquiesçai sans un mot, intimidée.

« Je m'appelle Doriane Dowden. Je suis la propriétaire de La Bourse de Qeynos. Je n'ai pas l'habitude d'ouvrir mon auberge à toutes les âmes errantes de Qeynos, mais il m'a semblé que vous aviez un... parcours particulier. Voulez-vous bien m'expliquer pourquoi vous cherchiez Grifmol ? Et d'où venez-vous, surtout ? Qu'êtes-vous venu faire à Qeynos? ».

L'idée ne me vint pas de m'offusquer de tant de questions. Soulagée d'avoir quelqu'un à qui parler de ma détresse, je lui racontai mon voyage et l'arrangement prévu... et ma déconvenue. Elle ne me laisse pas m'étendre sur mon désarroi quand à l'avenir :

« Vous faîtes donc partie de la famille de Clythemnestre ? » interrogea-t-elle, un sourcil levé.

« Oui, Clythemnestre est ma grand-mère » répondis-je.

Il y a eu un silence que je ne sus interpréter. Doriane semblait cherchait une réponse dans le fond de sa tasse de café.

« Pour être en relation avec Chiff, j'aurais pu vous jeter dehors, voire même vous remettre comme suspecte à la garde Qeynosienne. Pour être la descendante de Clyth, je ne peux rien faire de moins que de vous accueillir à bras ouverts. Je vais vous aider, Cracott. »

Cracott

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