Journal intime d'un chat pleutre #4

20 March 2009      Commentaires (0)    

Cher Journal,

Le soleil vient de se coucher sur la muraille en face de l'auberge. Je m'apprête à passer ma seconde nuit à Qeynos, ville effrayante, bruyante, trop grande pour moi.

Ce matin, Fraan m'a menée aux ateliers d'Ortie. En fait, ils se trouvent dans une rue perpendiculaire à l'allée de l'auberge, juste après un escalier de pierres. Une marchande d'ouvrages artisanaux se tenait devant les portes. A ma surprise, c'était une Kerrane. Très grande, le pelage cendre, avec des canines aiguisées et un regard glacial. Suffisamment peu engageante pour que je contienne mon mal du pays. Je me suis contentée d'une salutation en notre langue féline. Sans me répondre, elle a baissé les yeux vers Fraan, a semblé le reconnaître et lui a adressé un hochement de tête. Mon ami Hafflelin a soulevé une lourde porte presque couchée au sol, comme sont les portes de cave, et m'a invitée à le suivre dans la pénombre. En descendant les marches, j'ai senti le regard de la marchande qui me brûlait la nuque.

Les ateliers sont incroyablement sombres. En dilatant tout à fait mes pupilles, la pièce me semblait toujours plongée dans une épaisse obscurité. Quelques chandelles, posées ça et là, au petit bonheur semble-t-il, font danser des ombres inquiétantes sur les murs de pierres.

Fraan paraissait connaître l'endroit et les gens. Pourtant, il avait mis de côté sa verve habituelle.

Il s'est directement dirigé vers le fond de la salle, où un tout petit homme était occupé à lire des parchemins. Je n'entendis par leur premiers échanges mais mon ami parlait vivement et son interlocuteur écoutait avec attention, les sourcils froncés, le point droit refermé sous le menton. A la fin, il hocha simplement de la tête. Il me chercha des yeux et me fit signe d'approcher.

Everquest 2 - le Marais

« Vous cherchez du travail, paraît-il ? » demanda-t-il. Question totalement rhétorique.
Il me dévisagea de la tête aux pieds, et des pieds à la tête, plusieurs fois.
« Qu'est-ce que vous savez faire ? » lâcha-t-il, le ton incrédule.
« Je sais tisser » répondis-je.
Le petit homme esquissa un sourire de satisfaction muette.
« Tisser. » répéta-t-il. « Bien. » Il y eut un silence pendant lequel ses yeux restèrent planter dans les miens. « Bien. Je n'ai pas besoin de tisserand aujourd'hui. En revanche, on souffre d'une sacrée pénurie de matières premières. Si vous n'avez pas peur de vous salir les pattes, je veux bien vous engager comme collectrice. Si plus tard une place de tisserand se profile, je saurai qui je recommande. »

Cela valait autant explication que proposition. Si tu veux te faire une place, il va falloir l'arracher au tranchant des griffes. Je fis « oui » de la tête.

Le petit homme se retourna un instant. Il sortit un morceau de parchemin froissé et griffonna dessus. En outre, il sortit une sorte de carte d'une besace en toile brune, agrippa une imposante sacoche de cuir, et me tendit le tout.

« Voici la liste de ce dont j'ai besoin. Vous irez au Marais : en sortant des ateliers, descendez l'escalier à votre gauche, puis sortez d'Ortie par les grandes portes. Gardez cette carte sur vous, la garde pourrait vous la demander. Il y a parfois des infiltrations par le Marais, et donc des contrôles fréquents. Je ne paie pas au pro rata, alors ne revenez que lorsque vous avez trouvé tout ce que j'ai écrit sur la liste. Soyez tout de même prudente, et à ce soir. »

Le petit homme lança un dernier sourire à Fraan, puis retourna définitivement vaquer à ses affaires.


« Pas la peine de tarder ici, me dit mon ami Hafflelin, plus vite tu commenceras, plus vite tu seras débarrassée ». J'acquiesçai, nous sortîmes. Fraan m'accompagna jusqu'aux imposantes portes, devant lesquelles deux gardes stationnaient en armes. Je saluais Fraan et le remerciai pour son aide, et nous nous séparâmes.


Au delà des portes, j'eus l'impression d'avoir changé d'univers. Après un court chemin de roche, je mis les pattes dans une sorte de boue verdâtre, visqueuse, et repoussante. De partout s'élevait des bruits écoeurants, des cris d'êtres étranges et effrayants. Un peu plus loin, je vis d'immondes limaces géantes se frayer un chemin en glissant leur chaire molle et flasque dans la boue. Leurs flaques de baves étaient secouées de remous, des bulles venaient en crever la surface. Le reste du sol était jonché de branches mortes, noires sans pourtant avoir l'air consumées, de débris de roche, et d'improbables arbustes aux feuillages incroyablement denses, comme pour se défendre de l'extérieur.

L'estomac au bord des lèvres, je dépliai la liste que le petit homme m'avait donnée. Elle me parut effarante et grotesque : du bois, des racines, du mucus de limace toxique, des couronnes de Sporéal... tout ça en quantité surhumaine. « Il est fou » pensai-je « ou bien il s'est moqué de moi ». Je me retournai vers Ortie, sur laquelle les lourdes portes s'étaient déjà refermées. Les gardes, de ce côté aussi, semblaient me surveiller, les yeux plissés dans la fente de leur casque.

Désemparée, je restai là quelques secondes, la liste à la main. Je ne pouvais pas rester là indéfiniment, et le regard appuyé des gardes étaient terriblement gênant. Je me décidai, sans conviction, à ramasser du bois.

Everquest 2 - le Marais

La suite la semaine prochaine...

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