A l'heure où les enfants explosent des têtes au pistolet laser ou font crever de faim leur Sims en les enfermant dans une pièce sans issue, ça pourrait faire sourire d'apprendre qu'il y eut des jeux, par le passé, qui furent interdits en France parce qu'ils étaient jugés violents et immoraux.
En 1998 plusieurs associations de « protection des familles » s'insurgèrent contre un jeu vidéo glauque comme un roman de Stephen King, tout barbouillé de sang, avec entre autres l'association dérangeante des thèmes de l'enfance et de la mort. Les associations obtinrent malheureusement gain de cause. Sanitarium arrivait trop tôt : à l'époque, les jeux vidéos c'était encore une histoire de mioches, avec des p'tit moustachus en salopette rouge qui se tapait le tête contre des briques pour faire apparaître des champignons magiques.
Reste que Sanitarium est un chef d'oeuvre. Je l'ai découvert, un samedi matin et je ne m'en suis descotchée que le dimanche soir, sur le générique de fin. J'ai eu envie d'en parler.
Le jeu s'axe autour d'un individu qui se réveille le visage bandé comme une momie dans un asile de fou aux allures de manoir hanté. Il ne se souvient plus qui il est, ni ce qu'il fait là. Il ne sait pas même s'il est fou.
Le scénario du jeu se découpe en sortes de tableaux, dans des ambiances extrêmement différentes, quoique toujours effrayantes et dégoûtantes. Dans tel chapitre les enfants du village sont tous victimes de malformations repoussantes, dans tel chapitre les cadavres déchiquetés s'étalent partout autour de vous dans une rivière de sang, dans tel chapitre deux soeurs siamoises sont enfermées dans une roulotte de cirque pour une exposition... Néanmoins, ce n'est pas gratuit. L'atmosphère de Sanitarium se veut proche du cauchemar ou de la folie. Chaque détail horrifiant sert à la construction de l'histoire, qui se dévoile petit à petit, et qui n'est pas juste un prétexte au jeu, mais réellement le coeur de celui-ci. Rarement j'ai eu cette impression dans un jeu vidéo, même d'aventure, que l'histoire me passionnait, que je jouais réellement pour connaître la suite, comme on engloutit un roman ou un film. La dernière fois, c'était pour Sybéria... ça remonte.
Sanitarium est un point&click classique. Il confronte également le joueur avec quelques puzzles assez bien sentis, sans être absurdes, comme dans certains jeux où les puzzles ne sont là que pour vous coller la migraine et vous empêcher de torcher le jeu en deux heures.
Il n'est pas possible de le trouver neuf en France, à cause de l'interdiction qu'il a subie. Il se trouve néanmoins en import, en occasion puisque le jeu s'est vendu chez nous pendant une semaine, ou en abandonware, puisque l'éditeur Dreamforge n'existe plus depuis 1999.
Si vous aimez les histoires morbides et les scénarios effrayants, je vous conseille de vous plonger dans Sanitarium... mais laissez la lumière allumée !
J'ai pris un screenshot par chapitre :











