L'heureuse découverte qu'a été Porteurs d'âmes, m'a donné envie de poursuivre la lecture des ouvrages du même auteur Pierre Bordage. Par chance, les rouages bizarres de la sélection des livres dans les bibliothèques municipales font que j'ai trouvé dix ou quinze volumes de ce même auteur dans la rayons de ma bibliothèque habituelle (quoique pas un seul de certains auteurs monumentalement célèbres et incontournables).
Bref. Je me suis aperçue que Pierre Bordage ne se contentait pas d'écrire des thrillers aux nuances fantastiques, mais aussi des romans épiques de complète science-fiction. J'ai pioché là-dedans un pavé de six cents pages (et même pas format poche) qui semble être le premier volet d'une série de trois.
Je viens de terminer le premier tome, intitulé Les guerriers du silence, et en fait je me dépêche de rédiger cet article pour aller emprunter la suite.
L'histoire pose les bases d'un roman univers. L'univers connu est constitué d'une confédération inter-planétaire (oui, tout ça) baptisée Confédération de Naflin. Tout ce qui ne fait pas partie de la confédération est en réalité ce qui n'a pas été exploré ou les recoins de l'univers dont les explorateurs ne sont jamais revenus, et a donc été sobrement nommé l' « univers inconnu ».
De cet univers inconnu ont surgi récemment les membres d'une nouvelle « race », d'aspect assez repoussant selon les normes d'à peu près toutes les planètes, ce qui doit en réalité en faire de vraies têtes de poux. Ils s'appellent les Scaythes, et viennent d'Hyponéros. Personne n'a jamais pu poser le pied sur leur planète. En réalité, personne ne sait vraiment d'où ils viennent et ce qu'ils sont.
Néanmoins, sur la planète la plus tendance de l'univers, Syracusa, de par ses modes et manières raffinées, les Scaythes trouvent le moyen de s'infiltrer de la manière la plus élégante qu'il soit : en se rendant absolument indispensable. En effet, les Scaythes peuvent entendre les pensées; les intercepter de même. De fait, chacun s'affuble d'un Scaythe protecteur qui empêche tout autre personne de lui dérober le fruit de ses cogitations. Ainsi les Scaythes d'Hyponéros devienne un point névralgique du système de Syracusa et c'est sans surprise, presque, qu'un illustre Scaythe se hisse au plus haut de l'activité politique de la planète. Néanmoins, ses vues ne s'arrêtent pas là. La planète étant une proie fort petite, c'est l'univers connu tout entier qui se trouve menacé.
Loin de nous noyer dans des évènements à grande échelle qui ferait ressembler Les guerriers du silence aux Annales d'Histoire du Bac (version SF), le roman nous fait suivre l'épopée de Tixu Oty, qui malgré un nom ridicule (remarquez Ulysse, c'est pas tellement mieux) et un départ peu heureux dans la vie, se voit agrippé par le destin. D'évènements en évènements, de petits pas en actions de bravoures, cet homme au bord du gouffre passe du maigre statut de figurant de la vie au titre trop grand pour lui de héros.
Ce livre est vraiment fantastique et je ne sais pas trop comment en parler sans en dévoiler les rebondissements de l'histoire (essayons). Pierre Bordage nous traîne un peu partout dans l'univers, à la suite de plusieurs quidam qui devait être des héros et se rétame, ou qui devait être des riens et se transforme in-extremis en braves. Les personnages et les situations sont très humaines, bien que le contexte soit éminemment différent de notre situation à nous humbles mortels de la Terre sans Confédération aucune. Le raisonnement des personnages, leurs attitudes par rapport à leurs convictions et leur environnement, leurs choix sont incroyablement crédibles. On s'attache sans peine aux personnages, on les imagine très bien. L'évolution de Tixu (oui, je ne parle que de lui, mais c'est mon personnage favori), qui commence la narration imbibé d'alcool sur une sombre planète poisseuse pourrait passer pour du vu et revu : le looser qui – ô magie – devient un puit sans fond de courage, d'intelligence, et de beau-gossitude. Non, Tixu est parti d'en bas et même s'il se voit forcé d'agir, ce n'est pas sans combat intérieur, sans doutes, regrets, sans peurs et sans échecs cuisants. Un humain « normal » qui se voit poussé à agir, mué par ses émotions, mais pas vraiment assez costaux pour l'assumer. Un mec normal, quoi.
Du fait, Les guerriers du Silence est une sorte de mélange (attention les puristes, je vais sortir une énormité) de l'Odyssée d'Homère et de Star Wars. C'est à la fois la (re)construction d'un homme qui va de Charybde en Scylla et devient malgré lui une clé de l'Histoire, et l'immense chamboulement politique et social d'un univers entier, avec ses guerres, ses conflits de religions et la peur des autres.
Dernière chose avant que je parte, je n'ai pas parlé de tout ce que j'aurais voulu mais un traitement particulièrement intéressant et passionnant a été fait sur deux points :
Accessoirement ce roman a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire et le prix Julia Verlanger en 1994.
Bon là j'y vais ! Bonne journée !