L'histoire se déroule dans une ville du Saint Empire Romain Germanique, au début du XVIIeme siècle. La ville est réputée imprenable, férocement protégée par le dernier dragon millénaire d'Europe. Celui-ci, par le passé, dérouta toutes les armées qui se crurent capables de poser le pied sur son territoire.
Ainsi, Wielstadt est relativement détachée de la guerre de Trente Ans qui déchire l'Europe. En revanche, aucun dragon ne peut défendre la ville des Ombres, l'incarnation du Mal. Le Chevalier Kantz, lui, peut tenter ce combat. Mystérieux et inquiétant, il ressent la présence des Ombres, sait les trouver, leur parler, et les tuer. Cependant, lorsque des meurtres sauvages et inexplicables commencent à se produire dans Wielstadt, lorsque le dragon survole sans relâche la ville, exprimant ainsi son inquiétude, lorsque la Dame Rouge réapparaît et lorsque des goules envahissent les rues, le combat de Kantz se transforme en véritable quête contre le Mal.
Les Ombres de Wielstadt est un roman étonnant. Premièrement, il se passe en Europe, dans un contexte historique réel : la Guerre de Trente Ans, le conflit entre les Catholiques et les Protestants, l'influence de l'Ordre des Templiers... l'auteur enrichit même son roman de brèves explications sur des sujets aussi variés que la situation politique de l'Europe centrale et le fonctionnement des premières armes à feu. C'est ce qui lui vaut le qualificatif de roman uchronique : Pierre Pevel choisit pour point de départ une situation historique réelle et y injecte des évènements totalement imaginaires. Deuxièmement, les personnages de la Fantasy sont extrêmement bien introduits dans l'histoire. On pourrait croire que le thème omniprésent de la religion chrétienne rend l'apparition de fées, centaures, ou goules totalement déplacée, mais en réalité les différents éléments merveilleux sont amenés avec tant de naturel que finalement la fantasy et l'Histoire s'emmêlent sans que l'on y prenne garde.
Le roman est agréable à lire, très bien écrit, même si quelques tournures sont déroutantes. Le récit prend rapidement la forme d'un thriller, tinté de magie et de cabbalistique, et enrichi d'Histoire. En réalité, je ne suis pas sûre d'avoir souvent lu de livres rassemblant autant de thèmes sur un si petit nombre de pages (trois cents tout de même) ! C'est aussi très raffraichissant de lire un livre fantastique qui se situe dans l'Europe du Saint Empire Romain Germanique, cela donne une ambiance radicalement différente par rapport aux romans dont l'univers est totalement imaginaire.
Un mot sur l'auteur. Pierre Pevel est français, et en fait, c'est la seule raison pour laquelle j'ai pris son livre sur l'étagère de la bibliothèque municipale, au départ. Au rayon des romans de Fantasy, j'ai tellement l'habitude de voir exclusivement des noms anglo-saxons, que celui-ci m'a intrigué et voilà comment je me suis plongée dedans. Pierre Pevel est français, donc, et il est né en 1968. Il s'est beaucoup consacré à l'écriture de jeux de rôle avant de publier ses premiers romans, sous le pseudonyme de Pierre Jacq. Ses passions sont – comme c'est surprenant – la littérature fantastique, les romans historiques et l'Europe du XVIIeme siècle.