Mes vacances au Canada ont aussi été l'occasion de remettre les pieds au cinéma ! Comme je ne suis absolument au courant de rien dans ce domaine, le choix du film s'est fait selon la bonne vieille méthode : devant les affiches.
Parmi tous les autres films, dont j'ai d'ailleurs oublié le titre, Igor attisait ma curiosité. J'aime beaucoup le contraste donné par d'un côté, le personnage d'Igor, tout en courbes et rondeurs, son sourire, sa mine un peu naïve et attendrissante, et de l'autre côté l'ambiance glauque et effrayante rendue par la console rouillée et les nervures électriques qui grimpent comme un liège sur les énormes rouages. Enfin, l'accroche m'a beaucoup plus : « All men are not created evil » (Tous les hommes ne sont pas créés cruels), jeu de mot sur la célèbre phrase de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis : All men are created equal (Tous les Hommes sont créés égaux ).
Bonne pioche, j'ai adoré le film !
L'histoire se déroule au royaume de Malaria, constamment plongé dans l'obscurité sous une épaisse nappe de nuages menaçants, où la société, dirigée par Malbert, a pris la forme d'une compétition entre inventeurs maléfiques. Le credo est on ne peut plus simple : « marche sur les autres pour réussir ». Chacun de ces savants se voient affublés d'un assistant, universellement nommé Igor, et qui se doit d'être bossu, à court de méninges, et dont le rôle se résume à enclencher des manivelles et à se manger des beignes. L'Igor de notre histoire n'a pas de chance, ou peut-être finalement que si, justement. « Son » inventeur est un sombre râté tandis que lui est particulièrement intelligent, imaginatif et... doué. A l'occasion de « la Grande Foire des Sciences du Mal », une sorte de combat de gladiateurs est organisé dans une arène, mesurant les inventions les unes contre les autres. Oui oui, les inventions doivent se battre, pulvériser les autres, « marcher sur les autres pour réussir ». L'inventeur d'Igor est particulièrement soutenu par le roi Malbert qui l'utilise un peu comme contre-poids à un autre inventeur ambitieux, qui a le vent en poupe . C'est là que commence l'histoire.
J'ai beaucoup aimé ce film car, en dehors du fait que le dessin est agréable et l'humour vraiment débordant, j'ai trouvé que le thème de la méchanceté et du « chacun pour soi » étaient joliment abordés. Igor tente désespéremment de rentrer dans un moule - la cruauté – impératif pour réussir dans sa société, mais en même temps il est perdu d'avance puisqu'il est bossu et donc de la classe des perdants par naissance. C'est donc aussi l'histoire d'un personnage qui fera un bout de chemin vers une façon de penser bien différente. Sa dernière invention fera l'autre morceau du chemin, et le fera mieux se découvrir lui-même.
Malgré tout, le film reste en-dehors des clichés « c'est le monsieur-pas-de-chance qui sauve le planète en tribuchant sur une pelle ». Les personnages ne sont pas naïfs et passifs face à un destin qui les manipule avec des ficelles, bien au contraire. De nombreux passages, comme le précepte « marche sur les autres pour réussir », le lavage de cerveau d'Eve pour essayer de la « formater » selon les canons de la société, les « Igor jetables » - serviteurs qu'on met au rebus quand ils ne sont plus utiles.... trouvent leur parallèle dans la vie réelle, moderne : l'individualisme, la télé, le traitement des ressources humaines dans certaines sociétés. La gentillesse est souvent perçue comme de la naïveté, voire de la simplicité d'esprit, et surtout comme la « méthode qui marche pas » face à l'adversité. Igor ose souligner ce fait, cette perception de la bonté et démontre timidement pourquoi, malgré tout, la gentillesse trace toujours son petit bonhomme de chemin au sein de l'humanité et comment elle réussit peut-être à s'imposer face à la méchanceté, plus bruyante et plus véhémente*.
Le film est prévu en France le 17 décembre. Voici le trailer français. J'espère vous avoir intéressé à ce film. Je l'ai beaucoup aimé, et j'espère que beaucoup d'autres auront l'occasion de l'aimer aussi.
Petit détail : avant d'entrer dans la salle, j'ai aperçu un sigle avisant les parents que le film pouvait s'avérer inapproprié pour les enfants de moins de dix ans. J'ai adoré ce film et je vous conseille de le voir, mais en effet, plusieurs scènes sont assez gores ou trash. Je pense notamment à une scène où l'un des personnages se suicide à répétition en employant divers moyens tels que le poison ou les explosifs, une autre scène où il se fait couper les jambes à la scie tournante, la scène de la création d'Eve où les personnages assemblent des morceaux de corps humain... Bref, ça donne parfois des hauts-le-coeur, et je pense qu'il y a sans aucun doute de quoi faire peur aux bouts-de-choux.
Attention spoil-mode :
* Notamment par la conviction de faire ce qui est bien et selon sa conscience, l'entre-aide et l'amour (sentiment amoureux et amitié). Je trouve ça juste et je trouve intéressant le combat intérieur d'Igor pour accepter sa nature et celle d'Eve, bien que ce soit contradictoire à ses ambitions et intérêts. J'ai aimé le travail qu'il doit faire, avec l'aide involontaire d'Eve, pour s'accepter et finalement croire en une « force de la gentillesse ». Ses compromis avec Eve sont particulièrement savoureux : essayer de réaliser son but – la faire paraître abominable – tout en essayant de la laisser libre de faire ce qu'elle aime – chanter et danser, avant de constater qu'il ne peut plus faire de compromis avec le mal lorsque ce-dernier met carrément la vie des autres en péril.
Site officiel francophone : http://www.tfmdistribution.com/igor/